La crise sanitaire : un électrochoc salvateur ?

Avec la crise sanitaire, la France a pris conscience de l’ampleur de sa dépendance vis-à-vis de l’Asie sur des produits du quotidien mais également sur des produits dits plus stratégiques.

Masques, doliprane, respirateurs, tests, blouses, gants chirurgicaux : comme nous le savons maintenant, ces produits ne sont plus fabriqués en France mais en Chine. En tout, le budget des importations de produits utilisés dans le cadre de la crise est estimé, selon le ministre du commerce extérieur à 10,3 milliards d’euros. Il est préoccupant de comparer ce chiffre avec celui des 6 milliards de budget consacré à la rénovation, construction et modernisation des hôpitaux sur les cinq prochaines années : d’un côté une dépense de biens qui finissent littéralement à la poubelle en quelques mois, effectuée au profit d’entreprises chinoises, de l’autre des investissements sur cinq ans au profit de la santé de nos concitoyens et procurant du travail à des entreprises françaises.

Mais les produits médicaux ne sont pas les seuls dont nous manquions. En réalité notre dépendance est bien plus large, elle concerne de très nombreux pans de l’industrie et a des impacts collatéraux auprès de secteurs que nous pensions préservés. La pénurie des semi-conducteurs est emblématique. La pénurie mondiale de ces petites puces produites en Chine a mis à l’arrêt l’industrie automobile occidentale et très nombreux sont les secteurs à avoir subi les mêmes déconvenues : BTP, textile, chimie…rien n’a été épargné. Le chaos créé par la pénurie nous a fait réaliser que non seulement nous ne produisions plus les biens nécessaires à notre quotidien mais en plus, nous ne sommes pas dans un rapport de force avec nos fournisseurs à même de nous permettre d’obtenir ce que nous voulons, au moment même où nous le voulons, a fortiori en temps de crise mondiale.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Dans les années 1980, un courant de pensée néo-libéral et mondialiste a voulu faire prendre un tournant à la France : de puissance industrielle internationale, elle devait se transformer en société de services à forte valeur ajoutée. Pour y parvenir, le capital devait être « désinvesti » de l’appareil de production pour être alloué là où il allait être plus rentable : ce fut le commencement des délocalisations. En quarante ans, la France a bel et bien perdu son rang de puissance industrielle mais elle ne s’est jamais transformée en société de services à forte valeur ajoutée. A force d’avoir trop délocalisé, nous avons laissé sombrer des pans entiers de l’industrie et mis nos compatriotes au chômage sans leur offrir de possibilité de reconversion.

Trois faits marquants illustrent l'échec de cette stratégie de délocalisation:

  1. Le poids de l’industrie dans le PIB est passé de 16,5% en 2000 à 12,5% en 2019 (contre 25,5 % en Allemagne, 19,7 % en Italie, 16,1 % en Espagne)

  2. La balance commerciale qui était à l’équilibre dans les années 2000 a amorcé un déclin pour aboutir à un déficit structurel de 80 milliards d'euros (dont 60 milliards pour l’industrie manufacturière)

  3. Les services dits « à forte valeur ajoutée » qui devaient profiter de la stratégie de délocalisation pour « décoller » ont en réalité très légèrement progressé dans leur contribution au PIB en passant de 21 à 23%, ce qui en valeur, les portent quasiment au même niveau qu’il y a vingt ans !

 

La pensée dominante française …de nouveau à contre-courant des tendances internationales 

Aujourd’hui l’idéologie qui a mené à ce grand déclassement est toujours présente et ce n’est plus en société de services qu’elle veut nous transformer mais en société « positionnée sur les technologies du futur ».

A l’heure où l’Allemagne, pourtant très industrialisée, continue de relocaliser, où Singapour, à la pointe des nouvelles technologies cherche à rapatrier l’intégralité des chaînes d’approvisionnement (dont justement la partie fabrication), où la Chine mène une stratégie visant à l'auto-suffisance et au repli sur la zone de libre-échange Asie-Pacifique, la pensée dominante française est comme d’habitude à contre-courant…

Tout miser sur les nouvelles technologies et délaisser l’industrie manufacturière pour repositionner la France au rang de puissance internationale, c’est en réalité méconnaître le fonctionnement des entreprises et le retard que nous avons déjà, c’est aller à l’encontre des stratégies menées par les leaders de la scène internationale, c’est faire abstraction du niveau de compétences de la population française, c’est enfin condamner une très large partie de nos compatriotes à un revenu d’assistanat universel car il n’y a pas de place pour eux dans cette société!

Réindustrialiser le pays pour assurer la concorde nationale

Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur cette lutte des classes sous-jacente que l’on voit s’inscrire dans le débat national. La fermeture de pans entiers de l’industrie se reflète dans la hausse drastique du chômage structurel, dans la flambée de la dette, dans la baisse du niveau de vie, dans la fin du modèle de promotion, dans la disparition quasi inéluctable de notre modèle de redistribution et de solidarité sociale.  

Notre conviction est que mener, dans un grand élan national, la réindustrialisation du pays ferait rejaillir une énergie positive, constructive, jouant le rôle de catalyseur dont notre Nation a besoin pour se retrouver et créer un futur commun qui la remette au diapason des grandes puissances qui, elles, n’ont jamais cédé à la facilité de la délocalisation massive. Enclencher la relocalisation, c’est réconcilier deux Frances qui ne se côtoient plus, qui ne peuvent plus vivre ensemble.

Relocaliser, réindustrialiser…Oui, mais comment faire ?

Si beaucoup sont convaincus, il manque malheureusement un cadre de référence, une méthode. La plateforme de relocalisations tente d’apporter une réponse en proposant des bases de données de produits pouvant être de bons candidats à la relocalisation ainsi qu’une méthode, combinant les outils du conseil en stratégie et la connaissance des nouvelles technologies nécessaires à la relocalisation.

Produire ou reproduire les produits sur lesquels nous sommes devenus très fortement dépendants est à la fois utile pour mettre fin aux situations potentielles de pénurie et s’avère peu risqué car la demande est stable, connue, anticipable. Les bases de données identifiant ces produits sont issues des bases des douanes françaises, retraitées par nos soins, pour en extraire le potentiel de relocalisation. Ces fichiers sont en libre accès et téléchargeables dans la rubrique « Produits relocalisables ». La méthode de relocalisation proposée est décrite dans « Méthode ITACC 4.0 ».

 

Avis aux Relocalisateurs

Nous appelons tous ceux qui peuvent engager une réflexion ou un projet de relocalisation à franchir ce pas, à diffuser leurs idées, leurs difficultés, à chercher des partenaires pour reconstituer des chaînes d’approvisionnement. La plateforme est le fruit d’un travail entièrement bénévole visant à engager un large mouvement de relocalisation pour enfin passer de l’attentisme au sursaut salutaire.

En nous rejoignant vous pourrez constituer des groupes de relocalisateurs intéressés par les mêmes secteurs et faire appel aux compétences des autres membres dans un objectif de réciprocité et de collaboration vertueuse.

Devenez un Relocalisateur, rejoignez-nous !